Par Allie Blue le 15 février 2024

Vous est-il déjà arrivé de croiser une infographie partagée par un ami sur les réseaux sociaux ? Ou de faire défiler un diaporama TikTok présentant, avec une touche artistique, des statistiques sur un sujet d’actualité ? La rencontre entre l’art et la technologie s’invite peu à peu dans notre quotidien — à travers la réalité virtuelle, l’art numérique ou encore la visualisation de données. En explorant ces nouvelles voies de création, nous découvrons des formes inédites et stimulantes d’engagement et de militantisme. Art et technologie se croisent de manière innovante pour sensibiliser le public et susciter la mobilisation autour des enjeux sociaux et environnementaux.

La visualisation de données

La visualisation de données est l’un des nombreux moyens par lesquels les artistes mettent la technologie au service des statistiques, pour les rendre parlantes aux yeux de l’utilisateur ordinaire des réseaux sociaux. Ces œuvres peuvent illustrer à peu près tout, du nombre et du type de portes ouvertes chaque jour pendant une semaine jusqu’aux enjeux environnementaux et sociaux.

Par exemple, l’artiste @federicafragapane, sur Instagram, met en images des données liées à l’actualité politique et au militantisme environnemental dans un style artistique bien à elle. Trois de ses œuvres ont récemment fait leur entrée au Museum of Modern Art (MoMA). L’une de mes préférées — « Space Junk » — est reproduite ci-dessous.

Cette œuvre illustre les types de débris spatiaux, leur fréquence et leur distance, afin de faire comprendre au public l’impact de ces débris. Voir ces éléments représentés visuellement les rend beaucoup plus frappants.

Vous pouvez découvrir cette artiste, et d’autres dans la même veine, ici.

Autre projet intéressant dans ce domaine : Dear Data. Pendant une année entière, Giorgia et Stefanie, séparées par un océan (l’une aux États-Unis, l’autre au Royaume-Uni), se sont envoyé des lettres remplies de données mises en art. Chaque semaine, elles collectaient des données glanées dans leur quotidien et s’envoyaient un dessin inspiré de leurs relevés. Par exemple, l’image ci-dessous illustre « What’s the time? » pour Giorgia et « A Week of Clocks » pour Stefanie. Chaque lettre contenait une interprétation artistique des données, accompagnée d’une courte explication. 

Stefanie et Giorgia invitent des élèves du monde entier à participer à leur programme. Sur leur site, elles proposent aux enseignants de se lancer dans « Dear Data », en associant les élèves à des correspondants et en partageant leurs lettres avec le monde. Elles amènent ainsi les élèves à saisir l’importance de l’interprétation des données et des outils d’analyse dans la vie de tous les jours. Elles ont récemment publié un livre rassemblant tous les dessins de cette année d’échanges.

Ces deux projets le montrent : les données sont partout — et peuvent partout être mises en art. Présenter des données de manière artistique rend le message direct et limpide, à la portée de tous les regards.

L’art militant à l’ère numérique

L’art numérique est une autre rencontre entre l’art et la technologie. Des millions d’artistes du monde entier publient leurs créations numériques sur les réseaux sociaux. Parmi ces œuvres figure un art engagé.

Parmi les œuvres numériques de protestation les plus emblématiques figure l’affiche « Hope » de Barack Obama, créée par Shepard Fairey en 2008.

Conçue au départ pour une diffusion physique, cette affiche s’est retrouvée disséminée en ligne sous forme de publications, de t-shirts et d’autocollants.

C’est un exemple fascinant d’art traditionnel transposé dans l’espace numérique.

Dans le même esprit, Art in Protest rassemble en ligne des œuvres de protestation venues du monde entier. La collection mêle art numérique et art traditionnel, le tout exposé dans des galeries virtuelles. À côté de ces galeries virtuelles, le site propose aussi des galeries en 3D entièrement conçues par Art in Protest. Depuis leur site, le visiteur peut déambuler dans cet espace simulé et apprécier les œuvres au sein d’une collection virtuelle intégralement modélisée.

Explorez leurs galeries et collections ici.

Aujourd’hui, militants et manifestants publient leurs contenus en ligne. Partager depuis une plateforme sociale permet de diffuser un message très largement. Depuis leur ordinateur, les artistes militants disposent de centaines de procédés technologiques pour leur prochaine œuvre.

L’art technologique au service de l’environnement

La nouvelle génération d’apprenants a grandi avec la technologie. Présenter ces sujets sur un support qui leur est familier permet à la fois de toucher un public mondial et d’aider les plus jeunes à saisir pleinement l’importance de protéger l’environnement.

La réalité virtuelle est une tendance montante de l’art environnemental. Stanford a récemment mené une étude sur la façon dont la simulation d’événements environnementaux en réalité virtuelle peut éveiller l’empathie des participants. Ceux-ci interagissaient directement avec l’environnement ou se contentaient de l’observer. Constater les effets réels de l’activité humaine — voire y prendre part de manière simulée — a renforcé leur inquiétude quant à l’avenir de l’environnement. De nombreux chercheurs utilisent la réalité virtuelle pour montrer aux élèves, plutôt que de leur raconter, les dégâts accumulés au fil des ans.

Pour en savoir plus sur cette étude, c’est ici.

Défis et perspectives

Si Internet est une formidable vitrine pour les artistes, ce canal a aussi ses limites. Beaucoup de personnes y ont accès, mais tous les artistes n’y trouveront pas leur public. Quelle que soit la fréquence des publications, il reste toujours possible qu’un message ne circule pas comme prévu.

À l’avenir, une fois les limites actuelles dépassées, des technologies comme la réalité virtuelle pourraient évoluer au-delà de tout ce que nous imaginons. Nous l’avons surtout envisagée ici comme outil d’éducation à l’environnement, mais elle peut aussi donner à voir la vie de personnes aux quatre coins du monde. Depuis chez vous, vous pourriez vivre, à la première personne, l’expérience de quelqu’un qui manifeste ou qui souffre à l’autre bout du monde.

Face à de telles applications, il faut aussi interroger les enjeux éthiques de la rencontre entre art et technologie. Porter les questions sociales et politiques devant le public est important, mais il est essentiel de protéger la vie privée et de veiller au bon usage de ces outils. Par ailleurs, il se trouvera toujours des personnes susceptibles de diffuser à travers leurs créations, dans une intention de nuire, de fausses informations, par erreur ou à dessein. Avant de consulter (ou de repartager) une œuvre militante en ligne, il est crucial de vérifier soigneusement les sources. Repartager ou envoyer une publication contenant de fausses informations peut sérieusement freiner la progression d’une campagne ou d’un mouvement.

La rencontre entre la technologie et l’art a pris racine dans nombre de médiums et de technologies d’aujourd’hui. En explorant de nouvelles formes de création, nous avons une occasion unique de réfléchir à la manière dont notre créativité peut porter le changement. Ces projets grandiront et s’épanouiront au rythme des évolutions technologiques, et continueront de sensibiliser aux enjeux sociaux, politiques et environnementaux.